Ce qu’est La pensée positive

La pensée positive » Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d’accepter ce que je ne peux pas changer, le courage de changer ce je peux et la sagesse d’en connaître la différence.  » 

Marc Aurèle


Il y a de ça quelques années, j’avais accepté de prononcer une conférence sur la pensée positive. Au moment où je vais commencer, je découvre devant moi dans la salle, comme dans un éclair, une jeune femme au visage angélique, aux yeux très grands qui m’ont paru d’un bleu profond, aux cheveux blonds cendrés qui tombaient sur ses épaules et recouvraient une partie de sa poitrine. La dame était assise dans sa chaise roulante, car elle était paraplégique. Sur le coup, j’ai su que je ne pourrais plus jamais rien dire de la pensée positive qui ne s’applique à son cas. Et depuis, l’image de cette jeune femme me revient à l’esprit chaque fois que je dois aborder ce thème.

Si je l’aborde aujourd’hui, c’est que la pensée positive me paraît devenue, comme beaucoup des enseignements véhiculés par le Nouvel Âge, une potion magique tellement diluée qu’elle est désormais pratiquement inopérante. Alors qu’elle est en fait une méthode qui permet effectivement d’exercer son libre arbitre de façon dynamique, d’élaborer une stratégie de vie, mais à la condition de ne pas perdre de vue les contraintes du destin – du karma comme on dit volontiers ces années-ci.

Pour que la pensée positive puisse être efficace, il faut avoir une vision relativement complexe et non simpliste des mécanismes de sa propre évolution. Il faut plus spécialement saisir que l’évolution individuelle est l’effet d’une interaction entre le libre arbitre et le destin. Que le destin ne se trouve pas qu’à l’extérieur dans les événements, les circonstances ou les conditions de la vie, mais aussi à l’intérieur, en particulier dans le tempérament car, dans mon corps et dans ma psyché, je suis l’expression même de mon destin. Ce qui ne se trouve pas ainsi déterminé représente le libre arbitre. Autrement dit, ce qui reste… Je serais bien incapable de préciser la part de l’évolution que le libre arbitre permet de déterminer. C’est même ici la grande question, le mystère de la vie.

La pensée positive permet d’intervenir, en principe, au niveau du libre arbitre. Je dis en principe car il demeure difficile, parfois même impossible, de savoir si tel choix est en réalité commandé par le libre arbitre ou par la nature profonde de l’être qui, elle, fait partie du destin. Quoi qu’il en soit, il faut veiller au meilleur de sa connaissance, à orienter en fonction d’une vision positive ses attitudes, ses comportements en exerçant une vigilance aussi rigoureuse que possible sur ses pensées et ses émotions.

La meilleure façon de savoir – la seule peut-être – si l’on peut orienter son évolution dans un sens, autrement dit changer ce que je peux changer, c’est de s’employer à le faire et de pousser sa démarche jusqu’au point où elle rencontre une résistance, extérieure ou intérieure, impossible à surmonter. C’est alors que l’on touche du doigt, pour ainsi dire, le destin. Mais la tâche du guerrier ne s’arrête pas là. Car la pensée positive permet d’intervenir aussi au niveau du destin: dans l’acceptation de ce que je ne peux changer. Dans le fait de dire oui à ce qui est. Ce qui fait toute la différence. Comme l’affirmait Sénèque, un autre stoïcien :  » Le destin conduit celui qui accepte. Celui qui refuse, il le traîne ».

On peut se représenter le libre arbitre et le destin comme deux énergies opposées et d’une certaine façon complémentaires, sur lesquelles il est effectivement possible d’intervenir par la pensée positive. Mais on y parvient d’autant plus que l’on a une vision lucide de l’interaction de ces forces qui déterminent l’évolution.

© Jacques Languirand
Chronique parue dansle magazine Guide Ressources,
Vol. 07, N° 08,
mai 1992

You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed.You can leave a response, or trackback from your own site.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.